Junkie
J’y suis allée comme on va à la fontaine : dans l’espoir de m’abreuver. En entrant, un petit meuble étagé, comportant quelques titres en offrande pour l’adoption. J’y jette un coup d’œil, puisqu’on y trouve parfois quelques perles.
Je me rends au comptoir, y déposer les livres loués lors de la dernière visite. M’excuse profondément pour les gouttes d’eau au travers de quelques-unes des pages d’un livre, tandis que le contenu d’un verre s’étalait sur la table et que j’avais saisi in extremis l’ouvrage en question. (J’omis de dire à la bibliothécaire que ma voix s’était élevée contre mon conjoint et sa maladresse, ma voix impardonnable pour laquelle rien n’est plus grave qu’une note négative dans mon compte de lectrice.) Les pages sont tournées, puis elle m’avise que je ne serai pas punie pour l’offense. Par chance, ce n’était pas une tache de café.
Je laisse les enfants avec leur père, je m’évade jusqu’à la section des nouveautés, avec en tête l’idée de ne saisir qu’un seul livre, consciente de ma pile à lire à la maison, cette centaine d’ouvrages qui attendent mes yeux et mon enthousiasme,en prenant un peu la poussière.
Une couverture m’interpelle. Ce pourrait être un subterfuge : qui n’a pas déjà loué un livre pour découvrir ensuite que le thème ou le style ne convient finalement pas à la lecture?
J’en lis quelques pages, et déjà, je sais que je ne pourrai pas le reposer sur la tablette. Le même manège, plusieurs fois. Il est trop tard, maintenant : j’assume ma gourmandise, me promène entre les allées, hume l’odeur des bouquins et des histoires à découvrir. Une pile bancale entre les mains, je me rends au comptoir de prêt libre-service.
Sors ma carte, et prie très fort pour que le compte soit bon, incapable que je serais de devoir délaisser un de mes enfants de papier loué pour le mois.
Ouf.
L’ordinateur consent à l’opération.
On refait le processus pour les livres des petits, et repartons à la maison, où je range chacun de ces trésors sur l’étagère qui est sienne. Les enfants ont la leur, les adultes également.
Ces soirs-là, éreintée des journées denses de la vie quotidienne, j’effectue la routine dodo avec en tête ce moment délectable, lorsque je serai couchée sous les couvertures, le livre du moment entre les mains.
Un joyau d’existence, dans lequel j’oublie le poids du deuil qui pèse au travers de ma poitrine, et l’espace d’un instant, que le monde saigne des incohérences de quelques despotes trop puissants. La littérature, mon havre de douceur.
Et vous, quel rapport avez-vous avec la lecture?


Un havre de douceur . Un havre de paix . Un moyen de se reconnecter à soi même.. ✨
J’dirais que j’ai pas un rapport avec la lecture… j’ai une relation. Pas toujours stable. Des fois passionnée, des fois distante, des fois je la laisse traîner sur la table comme un café froid que j’oublie de finir.
Mais quand je m’y mets pour vrai, je lis pas juste des mots. Je les brasse, je les gratte, je leur fais dire plus que c’qu’ils pensaient dire.
Faque mon rapport, c’est pas académique. C’est vivant. Un peu croche. Mais crissement honnête.